| La nouvelle en Allemagne |
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Au XIXe siècle, les nouvelles de Ludwig Tieck marquent un nouveau point de départ dans la littérature narrative. La nouvelle accompagne certains feux romantiques. L'écrivain définit la nouvelle comme une composition poétique « ayant pour but de mettre en lumière un événement petit ou grand, lequel, tout en se déroulant de façon simple ou naturelle, n'en demeure pas moins merveilleux et peut-être unique ». En effet, pour les romantiques, tels Joseph von Eichendorff (Scènes de la vie d'un propre à rien), Achim von Arnim, E. T. A. Hoffmann, l'intérêt de la nouvelle résidait dans ce passage du récit au merveilleux. Pour Heinrich von Kleist, le thème doit être un événement extraordinaire, parfois grotesque ou comique, souvent terrible ; son œuvre de conteur dégage une vision pessimiste du monde. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la littérature allemande se tourne vers le réalisme poétique : les auteurs évitent les grands problèmes socio-politiques et approchent le cercle plus étroit de leur pays d'origine - leurs habitants et leurs paysages – et la notion d’individu. Une caractéristique de ces œuvres est l'emploi fréquent de l'humour qui crée une distance par rapport à une réalité insupportable. Il pointe les défauts et faiblesses d'un des maillons de la société sans pour autant s'attaquer au système. La forme littéraire préférée est la nouvelle qui atteint à cette époque sa gloire. La plupart des écrivains de cette époque sont à peu près oublié aujourd'hui. Fin XIXe début Xxe, le fanstatique allemand s’illustre dans la nouvelle. Hanns Heinz Ewers est l'auteur d'une œuvre abondante qui, si elle lorgne plus souvent sur l'étrange que sur le fantastique, reste largement dans le domaine du surnaturel. Avec un penchant prononcé pour le macabre, le sang, et un érotisme malsain, ses ouvrages se veulent provocateurs. Connu essentiellement pour son roman Mandragore, il est l'auteur de nombreuses nouvelles dont la plus connue est L'Araignée (1907). Franz Kafka rédige La métamorphose, que l'on considère parfois comme une nouvelle fantastique. Heinrich von Kleist (1777-1811) Nouvelliste allemand issu du mouvement réaliste, il tient que le thème abordé doit être un événement extraordinaire, parfois grotesque ou comique, souvent terrible ; son œuvre de conteur dégage une vision pessimiste du monde. Les nouvelles de Heinrich von Kleist, rédigées entre 1805 et 1810, publiées en 1810, empruntent un ton résolument moderne. Les sujets ressemblent, dans leur essence, à ceux des drames, mais leur style exclut tout pathétique : uni et concis, il est celui d'un constat ; aucun détail qui n'ait une signification, rien de superflu, rien qui soit laissé au hasard. Ici encore, le cœur des hommes s'oppose à l'ordre social, ils connaissent le même genre de conflits. Dans ces nouvelles, le réalisme triomphe ; la précision du trait observé, la nudité d'une expression exempte de toute image marquent ici le rejet absolu des ornements romantiques. Stefan Zweig (1881-1942) Stefan Zweig nait au sein d’une famille juive autrichienne bourgeoise. Avant la première guerre mondiale, il parcourt l’Europe. Quoique engagé au service de l'Autriche au début de la Première Guerre mondiale, Zweig était un pacifiste convaincu, de concert avec l'écrivain français Romain Rolland, son ami. Il fut aussi l’ami de Sigmund Freud, à qui il faisait lire ses nouvelles avant parution, et d’ Émile Verhaeren, dont il écrivit une remarquable biographie, pleine d'admiration pour le grand poète belge. Polyglotte accompli, il traduisit de nombreuses œuvres de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, John Keats… Il fut très affecté par la sortie de guerre de l'Autriche, au territoire et à l'importance largement réduits, par les difficultés matérielles et la dévaluation qui s'ensuivirent, mais la décennie 1924-1933 fut à ses yeux la période la plus intense de sa création artistique. L'arrivée au pouvoir des nazis vint bouleverser la vie de Zweig, qui eut très tôt une conscience claire du terrible danger que représentait Hitler. En 1934, dès les premières persécutions antisémites, il quitta l'Autriche pour l'Angleterre. En 1941, il s'établit au Brésil où, trop affecté de voir la Seconde Guerre mondiale détruire ses rêves d'humanisme et d'Europe pacifiée, il se suicida avec Lotte (Charlotte Elisabeth Altmann), sa seconde épouse, en 1942. Son œuvre, particulièrement éclectique, comporte quelques recueils de poésies, quelques pièces de théâtre, mais Zweig est surtout connu pour ses nouvelles (Amok 1922, La Confusion des sentiments 1926, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme 1934), histoires de passion intense pouvant aller parfois jusqu'au morbide ou à la folie. Ses nouvelles sont d’une finesse analytique remarquable : Zweig excelle dans la construction psychologique des personnages, capable d’en restituer les nuances les plus ténues et de signifier leur mécanisme, leur subtile évolution au gré des circonstances affectives. Son œuvre phare, Le Joueur d'échecs, a été publiée à titre posthume. Il a écrit de nombreuses biographies (Fouché, Marie Stuart, Magellan, Marie-Antoinette…) d'une grande acuité psychologique et qui comportent une réflexion sur les problèmes de son temps (Érasme 1935). Il travailla durant plus de vingt ans à son recueil de nouvelles Les très riches heures de l'humanité qui retracent les quatorze événements de l'Histoire mondiale les plus marquants à ses yeux. |