[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle en Russie
Le genre se développe en Russie au XIXe s. Il oscille entre le réalisme (Aleksandr Sergueïevitch Pouchkine [la Dame de pique], Léon Tolstoï) et l'analyse psychologique (Ivan Tourgueniev, Anton Tchekhov, Nikolaï Gogol). Les lecteurs ont l’habitude d’aborder la littérature par des expériences « brèves » : les journaux russes publient quotidiennement des extraits de roman, c’est l’heure de l’édition feuilleton.

Si le réalisme voit son emprise sur la littérature russe s’amoindrir, il en fut de même du mode d’expression qui l’avait véhiculé jusqu’alors. Le roman fut ainsi délaissé au profit de formes narratives plus brèves. Récits et nouvelles furent ainsi les formes les plus prisées d’expression. Tolstoï privilégia lui-même, dans la dernière période de se vie littéraire, la forme courte aux longs romans. Trois nouvellistes marqueront par leurs récits et leur style l’histoire de la littérature russe.

Vsevolod Garchine (1855-1888)
Nouvelliste le plus représentatif des années 1880, il oscillera entre symbolisme (dont il considéré comme l’un des précurseurs) et réalisme, rédigera une vingtaine de nouvelles psychologiques, pleine d’horreur et de folie, évoquant la lutte des hommes confrontés au mal et où seul le suicide apparaît bien souvent comme l’unique solution.

Vladimir Korolenko (1853-1921)
Populiste et humaniste, Korolenko puisa dans son vécu d’exilé en Sibérie la matière à ses nouvelles. Celles ci évoqueront dans une œuvre pénétrée d’une réelle compassion ces petites gens du Nord de la Russie et de la Sibérie, certes vagabonds, fugitifs ou assassins, mais épris d’espace et de liberté. Son succès était lié tant à cet optimisme, à cet élan généreux, à cette vision positive de l’homme que la société pervertit, qu’à ses description d’une nature sauvage.

Anton Tchekov (1860-1904)
http://www.russie.net/litterature/tchekhov.htm
Pour Tchekhov, la brièveté est condition d’efficacité esthétique et signe du talent.
Contrairement à Dostoïevski et à Tolstoï, Tchekhov excelle dans le genre de la nouvelle, petit récit. En peu de mots, à la manière des impressionnistes, il réussit à brosser des caractères humains, dessiner des paysages, créer une ambiance. Ses thèmes sont : le quotidien et le temps qui tuent l'idéal (Ionytch) (1898), "la vulgarité satisfaite d'elle-même", mais également l'amour (Dame au petit chien) (1899), les transformations de la société russe et la dure vie des paysans (Les moujiks) (1897). Il dépeint des univers sombres, la misère, les vies mornes, la maladie et le désœuvrement. Si ses écrits laissent espérer en un avenir meilleur, celui-ci reste inaccessible à des héros se résignant alors aux forces négatives et destructrices. L’importance de l’œuvre de Tchekhov réside notamment dans sa forme, l’auteur rompant avec le style classique. Ainsi ses nouvelles comptent parmi les plus brèves de la littérature russe, l’auteur ne s’attachant qu’au strict nécessaire. Les dialogues y sont rares, les décors rapidement peints.
Dans les années 1890 Tchekhov est l'auteur le plus lu en Russie, mais ces sont ses pièces de théâtre, incomprises lors des premières représentations, qui lui vaudront la renommée mondiale. En 1890 lors d'un voyage sur l'île de Sakhaline, île-prison avant même le Goulag, Tchekhov contracte la tuberculose qui l'emportera en 1904 à l'âge de 44 ans.

Nabokov
« On connaît surtout Nabokov pour ses romans : Lolita, Pnine, Feu pâle ou Ada... On ignore souvent qu'il est l'auteur d'une soixantaine de nouvelles. Textes de jeunesse écrits dans les années 20, en exil, loin de la Russie, textes de la maturité écrits en anglais, jusqu'au milieu des années 50 – époque où il abandonna le genre de la nouvelle –, contes de fées pleins de fantaisie, éblouissants tours de passe-passe, puzzles ingénieux, délicieux portraits, récits obsédants, mélancoliques, nourris d'étranges ambiguïtés, ces soixante-six histoires, classées ici selon un ordre chronologique, reflètent l'éventail des dons, l'inventivité technique et stylistique de l'une des plus grandes gloires littéraires de ce siècle. »


Gogol (1809-1852)
Ecrivain russe d'origine ukrainienne, Gogol nait au sein d'une famille de nobles campagnards à la fortune limitée. Son père, décédé alors qu'il est encore adolescent, écrit de petites pièces de théâtre et développe son goût pour la littérature. Sa mère lui donne une éducation religieuse traditionnelle qui contribuera, au fil des ans, à son évolution vers un mysticisme maladif. Après de médiocres études, Gogol quitte l'Ukraine pour Saint-Pétersbourg, avec l'ambition de faire une grande carrière dans l'administration. Il trouve un modeste emploi dans un ministère. L’Ukraine lui manque. En 1830, après d’infructueux essais en poésie, il fait paraître sa première nouvelle, inspirée par le folkore ukrainien: la Nuit de la Saint-Jean.
En 1831, Gogol quitte l'administration et devient professeur. Il est introduit dans les milieux littéraires et présenté à Pouchkine qui l'encourage à écrire. L'éloignement de l'Ukraine lui inspire les Soirées du hameau (1831-1832). Ce recueil de nouvelles grotesques, drolatiques et fantastiques, inspirées de la vie des paysans ukrainiens, lui assure la célébrité.
Gogol publie, en 1835, le recueil Arabesques, qui contient notamment La Perspective Nevski, Le Portrait et Le Journal d'un fou. Quant au recueil Mirgorod, on y retrouve entre autres le conte fantastique Vij et une première version de Tarass Boulba.
En 1836, la pièce de théâtre Le Revizor lui assure un succès de scandale à Saint-Pétersbourg. On y lit une satire politique alors qu’il s’agissait, pour l’auteur, de dénoncer la petitesse humaine. Gogol obtient la notoriété, mais se sent incompris et il fuit la Russie.
Il voyage pendant douze ans en Europe de l’ouest, ponctuant ces pérégrination de brefs retours en russie ou de séjours dans des villes d’eau afin d’étayer une santé psychologique fragile.
A Rome, il écrit son grand roman, Les Âmes mortes, publié en 1842. Nouveau scandale et nouveau succès. Gogol, encore une fois, fuit la Russie.
Son expérience passée de médiocre employé de ministère lui inspire une nouvelle fantastique, Le Manteau, dont le héros Akaki Akakiévitch est devenu l'archétype du petit fonctionnaire russe. Elle sera publiée en 1843, dans ses Œuvres complètes.
À partir de ce moment, Gogol devient de plus en plus mystique. En 1848, il quitte l'Europe pour visiter les lieux saints en Orient, puis rentre définitivement en Russie. A la suite d’une crise paranoïaque, Gogol décide de se laisser mourir, refusant nourriture et soins. Finalement livré aux mains de médecins, ceux-ci lui infligent des traitements d'une violence inouïe (bains froids, saignées, cataplasmes et sangsues). Gogol décède le 21 février 1852.


Plus récemment, Iouri Trifonov illustre la nouvelle russe contemporaine.