[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle au Japon
La nouvelle est un genre très pratiqué au Japon, presque naturellement. Les écrivains japonais s’appuient en effet sur une économie esthétique de la concision, de la brièveté. Si le haiku devient la forme poétique lapidaire par excellence, la nouvelle ou le roman court sont facilement préférés au roman fleuve.
La nouvelle japonaise est ainsi florissante, traverse les différents mouvements littéraires, notamment au XXème siècle, et marque de manière significative la création littéraire contemporaine. Contrairement à l’accueil que reçoivent les nouvellistes français, les nouvellistes japonais sont volontiers considérés comme les plus grands écrivains de la littérature nationale, et sont traduits à l’étranger.
Le « Goncourt » japonais récompense… des nouvelles !
Le prix littéraire le plus prestigieux au Japon, prix Akutagawa, décerné deux fois par an, récompense nouvelles ou courts romans de jeunes auteurs méconnus. Créé en 1935, il porte le nom d’un des maîtres de la nouvelle japonaise, et constitue le seul prix qui génère, de manière spectaculaire, une augmentation des ventes.
L’ont reçu notamment Yasushi Inoue (1949), Shūsaku Endō (1955), Kenzaburō Ōe (1958), Murakami Ryū (1976), Yōko Ogawa (1990), Yoko Tawada (1992).

Akutagawa Ryūnosuke (1892-1927)
Akutagawa est considéré comme l'un des maîtres de la nouvelle. Ses récits extrêmement construits dépeignent la face sombre de la nature humaine avec un humour sarcastique. Très bon connaisseur de la littérature anglaise et de la littérature chinoise classique, il était encore étudiant du département de littérature anglaise de l'université de Tokyo lorsque sa première œuvre, Le Nez (Hana, 1916) attira les louanges de Natsume Sōseki. Entre la fin de ses études en 1916 et son mariage en 1918, alors qu'il enseignait l'anglais à l'Ecole d'ingénieurs des chantiers navals de Yokosuka, il publia plusieurs ouvrages de très grande qualité: Gruau d'ignames (Imogayu, 1916), Le Mouchoir (Hankachi, 1916), Mort d'un bonze (Hôkyônin no shi, 1918). Rashômon (1915) ainsi qu'une autre nouvelle, Dans le fourré (Yabu no naka), caractéristique de sa période moyenne entre 1919 et 1922, servirent de base à l'adaptation célèbre réalisée par Kurosawa Akira pour son film Rashômon. L'expérience de dépressions profondes marqua les œuvres autobiographiques de sa dernière période, tels Kappa (1927) ou L'engrenage (Haguruma, 1927). Il se suicide en 1927.

Hyakken Uchida (1889-1971)
Hyakken Uchida, de son vrai nom,  Eizo Uchida fut écrivain et enseignant. Il est né à Okayama dans une famille de producteurs de saké qui connaîtra ensuite la faillite. Il devint l’élève et le disciple de Natsume Soseki en 1911, puis fut diplômé de l’Université Impériale de Tokyo en 1911. EN 1916, l commence à enseigner l’allemand à l’Académie militaire, puis à l’Université Hosei de Tokyo.  C'est là qu'il commence son activité d'écrivain. Dès son premier recueil de nouvelles Au-delà (Meido, 1922).
Le dernier film d’Akira Kurosawa, Madadayo, se saisit de sa figure comme personnage principal. Il écrivit essentiellement des nouvelles, une quinzaine de livres au total. Son écriture mêle fantastique et auto-dérision. Il a reçu la reconnaissance de ses pairs, notamment Kawabata et Mishima. Il est considéré comme un des plus grands stylistes japonais, et peut être cité comme l'un des principaux représentants du modernisme de la littérature nippone.
Mishima Yukio a écrit à propos de Uchida Hyakken :
« Quand on regarde de quoi est faite la profondeur du style de Uchida Hyakken, on remarque que sans utiliser un seul mot abstrait ou difficile, il choisit en fait avec une rigueur extrême le moindre mot, qu'il rejette systématiquement toute expression dont l'effet ou le sens serait automatique ou évident, qu'il ne s'autorise pas la moindre facilité ou la moindre indulgence de brillance de style, allant même jusqu'à supprimer toute expression dont le sens serait trop évident, pour ne garder que les nuances, les expressions où le sens est justement ambigu, ciselant chaque mot un à un avec un art insurpassable de l'ironie. Le lecteur d'aujourd'hui est-il encore capable de saisir une telle ironie choisie, une telle alchimie secrète, une telle puissance de l'imperceptible? » (citation www.jlpp.com)

Yōko Ogawa (1962, Okayama)

Yoko Ogawa est une écrivain japonaise, auteur de nombreux romans - courts jusqu'en 1996 - ainsi que de nouvelles et d'essais.
Elle a remporté le prestigieux Prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991, et également les Prix Tanizaki, Prix Izumi, Prix Yomiuri, et le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon".
Son univers romanesque est caractérisé par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé (L'Annulaire, 1994 ; Le Musée du Silence, 2000, "Cristallisation Secrète", 1994), cette volonté conjuguée à l'analyse minutieuse de la narratrice (ou, moins fréquemment, du narrateur) de ses propres sentiments et motivations (qui viennent souvent de très loin) débouchant fréquemment sur des déviations et des perversions hors du commun, le tout écrit avec des mots simples qui accentuent la force du récit.
Elle est influencée par les écrivains japonais classiques comme Junichiro Tanizaki, mais également, grâce à son écrivain préféré Haruki Murakami, par des auteurs américains comme F. Scott Fitzgerald, Truman Capote et Raymond Carver. Pendant ses études en littératures anglaises/américaines à l'université de Tokyo, son professeur, Motoyuki Shibata (qui a fait la première traduction d'Ogawa en anglais, et traducteur en japonais de Paul Auster) lui fait connaître Paul Auster, dont le roman Moon Palace a eu une grande influence sur Ogawa.