[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle aux USA
Peut-être est-ce parce que la littérature américaine est quasiment apparue avec la nouvelle que ce genre est aujourd’hui encore si vif outre-Atlantique…

Lorsque les Etats-Unis déclarent leur indépendance, en 1776, les seules publications de l’époque consistaient en des pamphlets traitant de sujets pratiques comme le calcul, le jardinage. Mais peu à peu, ceux-ci s’élargirent aux récits ; les Américains devinrent friands de « captivity narratives », des récits de captivité chez les Indiens d’Amérique racontés par les colons qui nourrissaient leurs craintes plus profondes et leur idéal de conquête. D’une façon générale, la frontière, l’épopée et le voyage étaient les thématiques qui leur étaient les plus chères.

Washington Irving (1783-1859) tout d’abord, Nathaniel Hawthorne (1804-1864) ensuite ont les premiers travaillé, développé la nouvelle comme genre littéraire en s’inspirant de l’histoire propre des Etats-Unis, affirmant ainsi l’émancipation d’une littérature indépendante qui n’était plus un courant colonial de la littérature britannique.
Washington Irving tient peut-être son affection pour la forme brève de son premier métier, celui de journaliste. Il a longtemps résidé dans plusieurs pays d’Europe, dont le Royaume-Uni, où le genre était déjà établi grâce à la littérature gothique et d’épouvante. Considéré comme « Le premier homme de lettres » américain, il a largement influencé Nathaniel Hawthorne. Dès les années 1830, Hawthorne publie ses premières nouvelles de façon anonyme ou sous pseudonyme dans diverses revues (elles seront réunies ultérieurement dans le recueil Twice-Told Tales, qu’Hawthorne publiera sous sa véritable identité). Dans ses nouvelles, l’auteur prend la Nouvelle-Angleterre comme toile de fond et décrit, avec l’arrivée des premiers colons sur le continent américain, la naissance de son pays. Il est en cela considéré comme l’un des pères fondateurs de la littérature américaine.

A partir du XIXe siècle, de nombreux auteurs s’approprient ce genre de composition et le transposent dans de nombreux genres littéraires, comme le fantastique ou le réalisme, osant par la même occasion d’autres tons comme l’humour ou la critique. Cette période marque également le retour des tall tales, ces histoires populaires extravagantes dans lesquelles des faits absolument improbables sont racontés comme s’ils étaient avérés, réels. Nées lors de la conquête de l’Ouest, les tall tales se transmettaient oralement par les pionniers. Elles sont réinventées par des auteurs comme Mark Twain, Francis Bret Harte ou plus tardivement William Faulkner.

Parmi les auteurs phare du XIXe siècle, citons tout d’abord Edgar Allan Poe (1809-1849). Auteur de l’excessif, du superlatif, il n’est pas de genre littéraire que Poe n’est exploré à travers la nouvelle. Si Hawthorne participe à l’émancipation de la littérature américaine en prenant l’histoire de son jeune pays pour toile de fond, la distance décomplexée de Poe vis-à-vis de celui-ci confirme cette émancipation. Dans sa préface aux Nouvelles histoires extraordinaires de Poe, Tzvetan Todorov explique : « Poe n’est pas un ‘peintre de la vie’ mais un constructeur, un inventeur de formes ; d’où d’ailleurs l’exploration […] des genres les plus divers (quand ce n’est pas leur invention) ». Manoirs, pays lointains ou imaginaires sont les décors de prédilection du nouvelliste américain.

Herman Melville (1819-1891). La plupart de ses nouvelles s’inspirent de son expérience dans la marine marchande et la chasse à la baleine comme son roman Moby Dick.
Bartelby, publiée en 1953, fait figure d’exception : cette nouvelle atypique qui se déroule dans le milieu de la banque à Wall Street, met en scène un personnage résolument absurde et retranscrit dans un ton tragi-comique la dialectique, si chère aux Américains, du maître et de l’esclave.

Mark Twain (1835-1910). Après une enfance sur la frontière, dans le Missouri, et une expérience de typographe dans différentes villes de l’Est, Mark Twain gagne le Mississippi où il travaille à l’exploration du fleuve jusqu’à ce que la guerre de sécession interrompt la navigation. Il part alors comme reporter en Europe et au Moyen-Orient. Il publie sa première nouvelle, La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras en 1865 ; parfaite illustration des tall tales, elle lui vaut un succès immédiat. Ses voyages et expériences lui inspireront les romans comme Le Voyage des innocents en 1869 ou Les Aventures de Tom Sawyer en 1876.

Francis Bret Harte (1836-1906). Il a beaucoup écrit sur les pionniers de Californie, où pour tenter sa chance, il a lui-même exercé de nombreux de métiers différents. La publication de sa nouvelle The Luck of Roaring Camp en 1868 lui vaut une renommée internationale et un contrat avec The Atlantic Monthly. Ce texte décrit le sort tragi-comique d’un camp de chercheurs d’or accablé par l’attente et la malchance.

Henry James (1843-1916). Il est l’une des figures les plus importantes de la littérature, et de la nouvelle américaine. Natif de New-York et naturalisé britannique peu avant sa mort, il vécut toute sa vie entre l’ancien et le nouveau monde ; la confrontation des cultures européenne et américaine est d’ailleurs l’un de ses thèmes de prédilection. Il publia sa première nouvelle, Un pèlerin passionné, en 1871 et resta attaché à la fiction de format court tout au long de sa carrière. Maître incontesté du réalisme, il n’excelle pas moins dans les récits à suspense comme Les Papiers d’Aspern (1888) ou les « ghost tales », comme Le Tour d’écrou (1898).
Grâce à son écriture raffinée, à la finesse de ses personnages, à son sens de l’intrigue et à ses thématiques (la confrontation entre l’Amérique et l’Europe mais aussi les relations humaines et la morale), Henry James donna à la nouvelle et plus largement à la littérature américaine une dimension universelle.

O. Henry (1862-1910). Après avoir exercé toutes sortes de petits boulots, O. Henry démarre une chronique humoristique intitulée The Rolling Stone et devient reporter pour le Houston Post. La plupart de ses nouvelles se déroulent à New York, notamment celles du recueil Les Quatre Millions qui dépeignent les quelque 4 millions de New-yorkais.

Stephen Crane (1871-1900) débute sa carrière à New York comme journaliste indépendant. En 1895, il publie The Red Badge of Courage, l’évocation de la guerre civile américaine à travers le regard d'un jeune soldat. Le livre remporte un certain succès. En 1896, il s’inspire d’un naufrage au large de Cuba pour écrire The Open Boat and Other Tales. Malade, il s'installe en Angleterre dans le Sussex où il côtoiera Henry James et Joseph Conrad, et mourra de la tuberculose à 28 ans.

Jack London (1876-1916). Au cours de son enfance qu’il qualifie de misérable, Jack London fait son éducation par les livres, notamment avec les Contes de l'Alhambra de Washington Irving. Il commence une vie d'errance et exerce de nombreux métiers (dont celui de chercheur d’or et de marin) qui l’amèneront à voyager à travers le monde. Ses voyages et vagabondages sont relatés dans son recueil de nouvelles La Route.

Au cours de la première guerre mondiale, la littérature « Pulp » fait son apparition. Le terme désigne la pâte à papier brute servant à imprimer les magazines éponymes (comme Dime Detective, Detective Story Magazine ou encore The Black Mask), leur conférant une apparence grossière, peu raffinée.
Avec pour support principal le magazine, la littérature Pulp fait naturellement la part belle aux formats courts et les nouvelles y occupent une place de premier choix aux côtés de BD ou d’extraits de fictions.
Les genres de prédilection sont alors le fantastique, le surnaturel, les enquêtes (Detective stories) ou les histoires d’épouvante. Les magazines Pulp restent populaires jusqu’aux années 1930. Ils disparaîtront peu à peu avec l’arrivée de la télévision. Raymond Chandler a beaucoup écrit pour les Pulp au début de sa carrière, certaines de ses nouvelles, comme Blackmailers Don't Shoot, ont été publiées dans le magazine Black Mask.

Pendant la période de l’entre deux-guerres, la nouvelle reste un format incontournable pour les écrivains américains, qui l’amènent à un très haut niveau littéraire. Il y a tout d’abord les auteurs de la Lost Generation qui, en réaction au puritanisme, à la dépression et à la prohibition qui sévissent aux Etats-Unis depuis le krach de 1929, se tournent vers l'Europe. Parmi eux figurent Francis Scott Fitzgerald, William Faulkner, considéré comme l’un des meilleurs nouvellistes américains, Carson McCullers, Ernest Hemingway (Paradis perdu) ou John Steinbeck. Francis Scott Fitzgerald écrit beaucoup de nouvelles au début de sa carrière littéraire : elles sont publiées à l’unité par le Saturday Evening Post ou sous forme de recueils (comme Les Enfants du Jazz en 1929).

Héritiers directs de la Lost Generation, les auteurs de la Beat Generation constituent, au moment de l’après-guerre, un mouvement qui refuse la société de consommation. Voyages, petits boulots, sexe, expériences fortes aidées par la consommation d'alcool et de drogue font partie de leur mode de vie. Le terme « beat » signifie « fatigué », « au bout du rouleau » Au sein de ce courant, la nouvelle n’est pas en reste grâce à John Fante (Grosse faim) ou Charles Bukowski (Contes et nouvelles).

John Cheever (1912 –1982). Nouvelliste prolifique, auteur culte aux Etats-Unis, il devient, dès les années 1930, le chef de file de l’école dite du New Yorker qui compte John Updike, J.D. Salinger, Philip Roth, et beaucoup d'autres satiristes de la vie américaine. Il est l’auteur de près de deux cents nouvelles. Son recueil The stories of John Cheever (1978) a obtenu le Prix Pulitzer de la Fiction en 1979. Avec pour toiles de fond la middle class de New-York et de la Nouvelle-Angleterre, ses nouvelles lui ont values le surnom de "Tchekov des faubourgs". Sa vie privée est marquée par l'alcoolisme et la bisexualité. En France, ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs recueils : Le Verre dans la pomme (Joëlle Losfeld), Insomnies (Le Serpent à plumes), et Déjeuner de famille (Joëlle Losfeld).

Raymond Carver (1938-1988). Elevé par un père ouvrier, alcoolique, et une mère qui enchaînait les petits boulots, le jeune Raymond Carver passe la plupart de son temps libre à lire des nouvelles ou des magazines. Il se marie très tôt a une amie de lycée et n’a que 20 ans à la naissance de leur deuxième enfant. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Carver travaille comme portier, ouvrier dans une scierie ou vendeur. Ce n’est que lorsqu’il s’installe en Californie, en 1967, qu’il s'intéresse à l'écriture et suit les ateliers du romancier John Gardner, qui aura une influence importante dans son œuvre. Il publie de la poésie, puis des nouvelles et devient professeur d’anglais à l’université de Syracuse.
Il côtoie John Cheever, avec qui il enseigne dans l’Iowa. Ses nouvelles Short Cuts feront l’objet d’une adaptation cinématographique par Robert Altman.

John Updike (1932-2009). Fils d’un professeur de mathématiques et de l’écrivain Linda Grace Hoyer Updike, John Updike s’intéresse très tôt à la littérature. Authentique homme de lettres, diplômé de Harvard, il rejoint l’équipe du New Yorker où il publiera la plupart de ses nouvelles, chroniques et poèmes. Il dépeint dans ses écrits l'Amérique des petites villes, celle de la petite bourgeoisie protestante, et attache une importance tout particulière aux thèmes du sexe, de l’argent de la religion et de la mort. John Updike a reçu deux fois le prix Pulitzer, pour deux de ses romans mettant en scène son personnage Rabbit Angstrom. Ses recueils de nouvelles sont publiés en France chez Folio (Publicité et autres nouvelles) ou Point Seuil (Solos d’amour). John Updike est mort d’un cancer du poumon en janvier 2009.