[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle en Grande-Bretagne
En Grande-Bretagne, la nouvelle a bénéficié d'un engouement pour les contes orientaux, la littérature gothique, les enquêtes détectives. Tout au long du XXe siècle, elle est représentée par les plus grands auteurs anglais comme Somerset Maugham ou Graham Green, et reste à ce jour un genre noble.

Les Contes de Canterbury, écrits à la fin du XIVe siècle par Geoffrey Chaucer constituent le premier chef-d'œuvre de la langue anglaise et de la nouvelle comme genre. Une trentaine de pèlerins, d’origines sociales diverses, sont rassemblés dans une auberge pour aller se recueillir sur la tombe de saint Thomas Becket à Canterbury. Chacun relate une histoire, l’aubergiste fait office de chef d’orchestre et relie les interventions entre elles. La diversité des conteurs (un juriste, une bourgeoise, un cuisinier…) permet de traiter de nombreux thèmes et de captiver des auditoires différents. L’auteur conseilla même au lecteur, si un conte ne lui plaisait pas, de tourner la page et d'en choisir un autre. Ce recueil fonctionne sur le même principe que le Décaméron de Boccace et l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, à savoir le rassemblement, en un même moment et un même lieu, de narrateurs représentant la société et de leur témoignage.

La période élisabéthaine, au XVIe siècle, est propice au théâtre et il faut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que la nouvelle s’installe durablement en Grande-Bretagne, grâce à la popularité des contes orientaux. L’engouement pour cette littérature naît avec la publication en anglais des Contes des mille et une nuit, vers 1705 et jusqu’au début du XIXe siècle, de nombreux auteurs (Beckford, Sheridan) ou traducteurs (Sir William Jones) anglais s’adonneront au genre. Ce courant répond à un goût pour l’exotisme ; l’Empire Ottoman, la Turquie ou l’Inde constituent les toiles de fond de ces courtes histoires extravagantes qui se veulent avant tout divertissantes.

Parallèlement, la littérature gothique fait rage et à sa faveur, la nouvelle prend de l’ampleur. La demande pour une littérature à sensation se fait de plus en plus pressante ; pour y répondre au plus vite, auteurs et éditeurs se tournent vers la forme courte. A l’instar des romans, les nouvelles gothiques se caractérisent par un style ampoulé, un sentimentalisme débordant, des décors et des personnages stéréotypés et des titres à sensation comme L’Anaconda, du moine Lewis, Les Chevaliers de la plume rouge-sang, de Anne de Swansea ou Les Assassins de Mary Shelley. Entre les années 1820 et 1830, Mary Shelley écrit 21 nouvelles pour des almanachs, un type de production littéraire majeur à cette période. La plupart d’entre elles se passent à des époques ou des lieux éloignés, comme la Grèce ou le règne d’Henri IV. Lectrices ou auteurs, les femmes ont pris une part importante dans le développement de ce courant.

Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930). Médecin de formation, il est par ailleurs un passionné de justice et a mené des enquêtes à titre personnel sur des affaires classées, ce qui a permis à deux hommes d’être innocentés de crimes dont ils étaient accusés. C’est donc tout naturellement qu’il se lance dans les nouvelles dites « Detective stories » avec Les Aventures de Sherlock Holmes, publiées à partir de 1891 par le magazine Strand, un illustre magazine londonien qui sera alimenté, entre autres, par les écrits de Rudyard Kipling, H. G. Wells, Georges Simenon (traductions), Edgar Wallace ou Agatha Christie.
Sir Arthur Conan Doyle n’écrira pas moins de 56 nouvelles mettant en scène le détective à la mémoire infaillible et à la logique implacable, et son ami le Docteur Watson, témoin et narrateur de ses aventures. Dans ses nouvelles, Sir Arthur Conan Doyle cultive l’art de l’intrigue, du suspense et de la chute.

Virginia Woolf (1882-1941). Tout au long de son enfance, Virginia Woolf a été baignée de culture et de littérature, elle avait libre accès à la vaste bibliothèque de ses parents et a très tôt découvert les classiques et la littérature anglaise. La mort de sa mère, de sa demi-sœur Stella deux ans plus tard, puis de son père entraînent l’auteur dans une grave dépression nerveuse justifiant un court internement. Elle commence à écrire en 1905, pour le supplément littéraire du Times et fonde en 1912 le cercle intellectuel dit du Bloomsbury group où elle rencontre son mari. Ensemble, ils fondent les éditions Hogarth Press, où furent publiés la plupart de l’œuvre de Virginia, qui outre ses romans les plus connus comme Une chambre à soi ou Mrs Dalloway, compte 46 nouvelles (Kew gardens, Two Stories, Monday or Tuesday) et plusieurs essais. Dans ses essais sur la nouvelle (elle a étudié les textes de Tchekov, Maupassant, Flaubert ou Hemingway), Virginia Woolf définit le genre comme l’art de la proportion, de la perfection et de l’honnêteté.
Se voyant sombrer dans la folie, elle se suicide en se jetant dans une rivière les poches remplies de cailloux.


D.H. Lawrence dans les années 1920
Aldous Huxley publie cinq nouvelles dans le recueil Mortal Oils