[ Histoire de la Nouvelle ]
La nouvelle au fil des années.
Essor
On s’accorde à considérer le XIXe siècle comme l’âge de l’essor de la nouvelle. La forme prévaut alors dans la littérature fantastique et gothique anglo-saxonne. En France, elle est popularisée par des auteurs réalistes comme Honoré de Balzac, Gustave Flaubert ou Victor Hugo alors que d’autres comme Alphonse Daudet Prosper Mérimée ou Guy de Maupassant se sont tout bonnement spécialisés dans le genre avec la volonté d’explorer et de développer ce nouveau genre littéraire. Maupassant en devient l’un des maîtres incontestés.
En Allemagne, la « Novelle » est d’abord conjuguée au romantisme et au fantastique avant d’être exploitée par les auteurs réalistes comme Theodor Storm ou Adalbert Stifter.
La nouvelle est aussi majoritairement réaliste en Russie, où Alex Pushkin, Nicolas Gogol, Léon Tolstoy ou Anton Tchekov l’ennoblissent et l’amènent à un niveau d’excellence littéraire. Outre-Atlantique, Nathaniel Hawthorne (1804-1864) participe, à travers l’écriture de nouvelles, à l’émancipation de la littérature américaine.
Edgar Allan Poe (1809-1849) développe et intronise le genre, il exploite à travers lui le fantastique, le gothique, le policier ou encore la science-fiction.
Avec la popularisation et l’essor de la nouvelle, la théorie et les études apparaissent. Le développement de la « Novelle » allemande inspire de nombreux théoriciens et penseurs, dont Johann Wolfgang von Goethe et Edgar Allan Poe qui énonce les préceptes de la nouvelle en 1842 à l’occasion d’une critique d’un recueil de Nathaniel Hawthorne.

La fin du XIXe siècle voit s’illustrer à travers la nouvelle des auteurs comme Conrad, Stevenson, Kipling ou encore Saki. A cette période, la nouvelle est un genre établi, populaire et il n’est pratiquement aucun genre littéraire qu’elle n’ait investi.

A l’aube du XXe siècle, le Slovène Ivan Cankar et le Tchèque Franz Kafka publient tous deux des œuvres importantes pour le genre. Cankar produit des textes originaux et variés allant de critiques sociales aux contes psychologiques ou symboliques alors que Kafka, avec sa vision énigmatique, cauchemardesque, écrira près de 80 nouvelles très diverses en styles, calibres (certaines en comptent que 100 mots), thèmes et techniques. On retient surtout La Métamorphose et La Colonie pénitentiaire. Cankar et Kafka ont à leur tour élargi les possibilités de la nouvelle.
En 1914, James Joyce publie Gens de Dublin, recueil phare de 15 nouvelles décrivant la classe moyenne dublinoise et à travers elle la société irlandaise, avec une lucidité sans précédent. Cette critique des mœurs et de la société restera l’empreinte de bon nombre de nouvellistes anglo-saxons du XXe siècle comme Ernest Hemingway, John Cheever ou John Steinbeck.
En France, bien qu’en perte de popularité au cours du XXe siècle, la nouvelle reste un genre prisé. Citons, parmi les grands contributeurs français du siècle, Jean-Paul Sartre avec le recueil Le Mur (1939), Marcel Aymé avec Le Passe-Muraille, publié en 1943 ou encore Albert Camus avec L’Exil et le royaume (1957).
Du fait de son intensité et de sa brièveté, la nouvelle se prête aux modes de lecture actuels : on la lit dans le train, dans le métro ou à la plage. Même contemplative, elle nécessite une écriture efficace, économe en descriptions et une entrée en matière rapide. C’est aussi pour ces raisons qu’elle reste une forme littéraire prisée par les journaux et les magazines pour des parutions spéciales type « suppléments ». Beaucoup d’auteurs contemporains sont sollicités pour écrire des textes courts destinés à être publiés dans la presse mais beaucoup aussi, s’adonnent spontanément au genre, de façon ponctuelle comme Anne-Marie Garat ou Marie-Hélène Lafon ou pour en faire une spécialité comme Hervé Le Tellier, Marc Villard ou Annie Saumont.