[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle en Amérique Latine et Espagne

Amérique latine

Moins vivace qu’en Amérique du Nord, quoique née dans des conditions assez comparables (par le biais des revues et périodiques qui les premiers publièrent ces textes courts rejetés par une infrastructure éditoriale faible et essentiellement favorable au roman), la nouvelle d’Amérique latine présente cependant quelques monuments incontournables : les Argentins Borges, Bioy Casares et Cortázar, les Uruguayens Quiroga et Onetti, ou encore, aujourd’hui, le Chilien Sepúlveda. Et si, aux États-Unis, la tendance réaliste semble l’emporter, c’est dans la veine du fantastique, ou plus exactement dans ce que le romancier cubain Alejo Carpentier a appelé le « réel merveilleux », que, à l’instar du roman, la nouvelle hispano-américaine, davantage influencée par l’Europe, en particulier par Kafka, a largement puisé. A ses débuts, la littérature ibéro-américaine était prisonnière des préceptes et modèles européens. Elle s'est libérée quand la nécessité de témoigner de l'expérience latino-américaine s'est faite plus pressante, soit à l'occasion d'événements majeurs comme la Révolution mexicaine, soit pour raconter la jungle, la forêt vierge, l'isolement du gaucho ou encore pour révéler les conditions de vie des Indiens. Le monde rural, sauvage garde une place prépondérante dans cette littérature, comme le village imaginaire de Gabriel García Márquez, Macondo, L'Atacama de Sépuvéda ou la jungle de Quiroga.

Horacio Quiroga, Uruguay (1878-1937)

Lecteur de Poe et de Maupassant, Quiroga a introduit la nouvelle fantastique dans la littérature latino-américaine. La mort, qui a emporté beaucoup de ses proches, et la forêt vierge, qu'il connaît pour s'être installé comme colon aux confins de l'Argentine, du Paraguay et du Brésil, lui inspirent de nombreux textes. Ni irréels, ni hors du temps, ses personnages sont bien ancrés dans la réalité et confrontés, à un moment de leur vie, à un évènement surnaturel. Son écriture âpre et nue provoque l’inquiétude devant ces évènements incompréhensibles pourtant liés au monde réel. Ses principaux recueils, Contes d'amour, de folie et de mort (1917) et Anaconda (1921) lui ont valu une renommée internationale.

Jorge Luis Borges, Argentine (1899-1986)

Nouvelliste, poète essayiste, traducteur de Kafka et de Faulkner, Borges est homme érudit, un écrivain atemporel dont les nouvelles sont d'ores et déjà considérées comme des classiques de la littérature latino-américain du XXe siècle. Se déclarant "égaré dans la métaphysique", Borges rejette le rationnel, qu'il juge limité, et s'intéresse plus volontiers aux jeux de l'intelligence et à la valeur esthétique et merveilleuse des idées plutôt qu'à leur portée politique ou philosophique. Il devient progressivement aveugle, une infirmité qui influence ses écrits et lui inspire notamment la nouvelle L'Autre, dans la laquelle il fait sa propre rencontre et se prédit sa cécité. Ses principaux recueils de nouvelles sont Le Jardin aux sentiers qui bifurquent (1941), L'Aleph (1949).

Julio Cortázar (1914-1984)

Né à Bruxelles de parents argentins, il vécut à Paris de 1951 jusqu'à sa mort. Nouvelliste, romancier, traducteur et même humoriste, Julio Cortázar fut membre du collège de Pataphysique. Il défendit les révolutions cubaine et nicaraguayenne, et sut donner une dimension fantastique à ses nouvelles les plus politiques. Partagé entre l'Europe et l'Amérique latine, ses thématiques et obsessions littéraires sont bel et bien celles d'un Argentin, surtout quand il explore la frontière entre réalité et imaginaire. Souvent comparé à son compatriote Borges, son œuvre se veut moins érudite et plus ludique. Citons, parmi ses principales nouvelles, Les Armes secrètes (1959), Cronopes et Fameux (1962), Façons de perdre (1977).

Inés Arredondo (1928-1989) est, à l'égale de Juan Rulfo, l'une des plus remarquables nouvellistes mexicaines. Elle appartient à ce que l'on appelle la "génération du demi-siècle" (Juan García Ponce, Sergio Pitol…) qui permit au Mexique de s'ouvrir sur l'étranger alors que la littérature nationaliste était encore toute-puissante. Elle aborda des thèmes que ne traitait pas la littérature mexicaine d'alors : l'inceste, l'homosexualité, la trahison, la démence, le triangle amoureux, la rancœur entre parents et enfants, l'hypocrisie sociale, le sacrifice. Les rares instants de bonheur ou de plaisir que peuvent vivre les personnages se paient par la conscience du prix à payer, le poids du destin. Dans une veine proche des œuvres de Georges Bataille, les récits d'Inés Arredondo montrent une fascination pour les phénomènes pervers et les personnages torturés. A travers les méandres de son style naît chez le lecteur un doux malaise… Elle a publié trois recueils de nouvelles Los Espejos, Río subterráneo. Et La señal.

Gabriel García Márquez (né en 1928)

Romancier, nouvelliste mais également journaliste et activiste politique, il s'est vu décerner le prix Nobel de littérature en 1982. Affectueusement connu sous le nom de « Gabo » en Amérique Latine, il est la figure emblématique du "réalisme magique", genre consistant à introduire des événements surnaturels dans des situations historiques ou géographiques avérées. Le village de Macondo, fruit de son imagination, est le théâtre de la plupart de ses textes. Parmi ses recueils de nouvelles, citons Les Funérailles de la Grande Mémé (1962) et L'Incroyable et Triste Histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique (1972).

Espagne

La nouvelle est un genre important en Espagne, même si sa production demeure discrète par rapport à celle de l’Amérique latine. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la nouvelle espagnole a pris de l’ampleur ; les maisons d’édition lui accordent une place plus importante et certains écrivains s’y consacrent totalement.

Naissance du genre à travers la nouvelle picareque

La Vie de Lazarillo de Tormes est certainement la première nouvelle picaresque. Ecrite en 1553 par un auteur anonyme, elle raconte l'histoire d'un jeune garçon issu d'un milieu pauvre avec un réalisme surprenant. Fils d'un voleur et d'une femme de mauvaise vie, Lázaro devient le serviteur de plusieurs maîtres successifs : un cruel aveugle, un curé avare, un pauvre hidalgo vaniteux et ridicule, autant de personnages qui permettent de balayer la société d'alors. Il ne doit sa survie qu'à sa débrouillardise. C'est néanmoins à Cervantès que revient le mérite d'avoir ancré le genre dans la littérature, avec ses Nouvelles exemplaires (1613) où se rencontrent le romanesque, le picaresque et le lyrisme sentimental. Le genre se développera par la suite et grâce à leur côté romanesque, certaines des Nouvelles exemplaires serviront de modèles aux auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles.

L'apparition de ce genre littéraire s'explique par l'interaction de plusieurs facteurs. Tout d'abord, les conditions sociales de l'Espagne d'alors où, contrairement aux autres pays européens, la classe bourgeoise se développe peu et où persiste une importante classe sociale pauvre. Le désir de se démarquer de la littérature chevaleresque, très en vogue à l'époque, est un élément important, tout comme la volonté de critiquer une société espagnole très rigide.

Dans son prologue, Cervantès dit avoir été le premier en Espagne à mettre en chantier des nouvelles qui ne soient pas le simple démarquage des modèles italiens. Il fixe les lois non écrites du genre : brièveté, prédominance de l'action et du dialogue, fonction récréative autant qu'exemplaire.

Les nouvelles picaresques se caractérisent par leur dimension autobiographique, anti-héroïque (elles mettent en scène un pícaro, un individu pauvre, sans honneur et sans idéal avec pour seul atout une ingéniosité parfois farfelue) et leur structure ouverte (les épisodes n’ont que peu de rapport entre eux). Leur intention est surtout satirique et divertissante.

Miguel de Cervantes (1547-1616)

Paraissent en 1613 les Nouvelles exemplaires, qui réunissent douze récits brefs. L'inspiration de Cervantes est originale, il réalise une véritable peinture des mœurs de l’époque : les gitanos, les étudiants, les captifs. Cervantes prend souvent pour base de son récit des faits réels et tente diverses formules narratives comme le fantastique, le romanesque, le pittoresque. Victor Hugo en a tiré la figure d'Esmeralda dans Notre Dame de Paris.

Quim Monzó (né en 1952)

Né à Barcelone, Quim Monzó écrit la plupart de ses textes littéraires en catalan. Son œuvre est teintée de sarcasme, d'ironie elle fait référence à la culture Pop et est bien ancrée dans la société contemporaine, où l'homme est souvent perdu. Quim Monzó affectionne particulièrement la nouvelle, genre qu'il estime "rapide et vibrant". Il est par ailleurs traducteur de l'anglais, journaliste et chroniqueur (il collabore régulièrement à La Vanguardia). Ont notamment été publiés en français, les recueils Le Pourquoi des choses (1998) ou Mille Crétins (2009) en France.

Carlos Castán (né en 1960)

Originaire de Barcelone, Carlos Castán est très attaché à sa région d'adoption, l'Aragon. Il est diplômé en Philosophie de l'université autonome de Madrid. Il vit actuellement à Saragosse, où il enseigne la philosophie dans un établissement public. Spécialiste de la nouvelle à laquelle il se consacre principalement, il a été publié dans les revues littéraires et anthologies les plus importantes d'Espagne. Carlos Castán travaille beaucoup sur l'amour, la mémoire et le temps qui passe. Ses textes sont empreints de nostalgie et de cynisme. "Je souhaite que mes histoires ne durent pas seulement le temps de la lecture mais, comme les bons romans, qu’elles poursuivent leur chemin dans l’esprit du lecteur une fois le livre fermé, qu’elles prennent de l’épaisseur avec le temps. J’ai recours pour cela à des structures disloquées, je m’accorde une liberté totale et je veille à maintenir un compromis constant entre la beauté et le langage." Ont été publiés en français Quai de neige (2006), Musée de la solitude (2011).

Soledad Puertolas (née en 1947)

Née à Saragosse, Soledad Puertolas a fait des études de journalisme et de sciences politiques. Installée depuis de nombreuses années à Madrid, elle s’est fait connaître comme écrivain à partir de 1979. Depuis plusieurs de ses livres ont reçu différents, dont le prix Planeta, le plus important d’Espagne. Novelliste très célèbre dans son pays, ses personnages sont souvent à la dérive, cherchent leur véritable identité par la rencontre avec l’autre. Auteur de romans, nouvelles et essais, Soledad Puertolas est entrée à la Real Academia Española – équivalent de l’Académie Française en Espagne - en novembre 2010, consécration qui couronne sa production littéraire. En France, les recueils de nouvelles Ils étaient tous à mon mariage et Adieu aux petites fiancées ont été publiés au Mercure de France.