[ Exotisme de la Nouvelle : La nouvelle en ... ]
La nouvelle dans le monde....
La nouvelle en Italie
La nouvelle est un genre littéraire tout à fait inédit avant le XIVe siècle en Italie. Provenant de l’Italien « novella », signifiant « information », il désignait alors des racontars, des histoires de la vie quotidienne en ville ou à la campagne, dont le caractère drôle ou instructif leur valait d’être colportées. Ni merveilleuses ni fantastiques, les premières nouvelles sont surtout réalistes. Le genre recouvert par ce terme a peu à peu évolué vers les récits de fiction. Elles puisent dans les récits occitans, orientaux et les fabliaux. Boccace est l'auteur du tout premier recueil de nouvelles en Italie : Le Décaméron, qu'il compose directement en langue italienne et non en latin comme il est de coutume à l’époque. En Italie, le succès du récit bref contraste avec la relative et étonnante pauvreté de la littérature romanesque. Peu après son « invention » par Boccace, la nouvelle connaît un âge d'or en Italie, elle se se caractérise par un réalisme satirique et une immoralité licencieuse. Elle n’a cessé, depuis, d’attirer les plus grands auteurs toutes générations confondues, comme Verga, Pirandello, Landolfi, Buzzati ou Malaparte, flambeau repris hier par Calvino et aujourd’hui par Tabucchi..

Boccace (1313-1375)

Ecrit entre 1350 et 1355, Le Décaméron est un recueil d'une centaine de nouvelles brèves dans lequel dix narrateurs, tenus à l'écart de leur ville en raison d'une épidémie de peste, racontent des histoires qui se déroulent sur dix jours, d'où le titre de l'œuvre. Ce recueil signe la naissance de la prose italienne et de la nouvelle en Italie. Son auteur, Boccace, y met en scène des personnages qui reflètent la réalité contemporaine : ainsi, chevaliers et aristocrates cèdent la place aux banquiers, marchands, paysans, bref, aux gens du peuple. Exit les valeurs morales de l’Eglise : Boccace nous livre une véritable satire des mœurs du clergé, accusé des plus grands vices. Pour ce faire, il joue dans des registres très variés : comique, pathétique, tragique, héroïque, grotesque, picaresque… Le thème de l’amour est central, la femme omniprésente. L’anticléricalisme de Boccace a valu au Décaméron la censure de plusieurs papes. Le cinéaste italien Pasolini a réalisé une adaptation du Décaméron qui lui a valu l'Ours d'or au festival du film de Berlin en 1972..

Italo Svevo (1861-1928)

Né à Trieste d'un père juif allemand et d'une mère juive italienne, Italo Svevo est envoyé apprendre l'allemand en Bavière dans le but de reprendre le négoce familial. Il se familiarise rapidement avec la langue de Goethe et découvre ses grands penseurs, comme Shopenhauer. En 1892, il essuie un échec critique et commercial avec sa première publication, Una vita et renonce à la littérature pendant près de vingt ans. Désirant apprendre l'anglais pour les besoins de son travail, il prend des cours à Trieste, où son professeur d'anglais n'est autre que James Joyce. Il lui fait lire ses textes et celui-ci l'incite à reprendre l'écriture, ce qu'il fera avec succès. Ses principales nouvelles traduites en français sont L'Assassin de la rue Belpoggio, Le Vin du salut et Le destin des souvenirs (recueil).

Dino Buzzati (1906-1972)

Même si son roman Le Désert des Tartares reste son œuvre majeure, Dino Buzzati reste l’auteur de nombreux recueils de nouvelles, dont le plus connu est Le K publié en 1966. Ce recueil de 50 nouvelles très courtes contient tous les thèmes familiers à Dino Buzzati et définit parfaitement un art où le merveilleux et l'humour se mêlent à l'observation lucide avec une maîtrise que confirment les cinquante récits suivants. Une sensibilité exacerbée, un sens aïgu de la justice, un certain pessimisme aussi

Le fantastique de Buzzati est étroitement accordé à l'air de notre temps et aux préoccupations du jour: la guerre mondiale, la dictature, le mal de la jeunesse et la solitude.

Les thèmes de la mort, de l'illusion et du passage inflexible du temps s'y retrouvent également souvent.