| « C’est un peu court, jeune homme ! » |
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une contribution de Corine Pourtau Lorsqu’il s’agit de définir la nouvelle, le premier critère évoqué, et bien souvent le seul, est en général celui de la brièveté, critère qui l’opposerait donc au roman, par « définition » long. Si ce critère a longtemps prévalu, il n’est pas suffisant et le mot « nouvelle » a aujourd’hui encore du mal à trouver une définition qui fasse l’unanimité, d’autant que la littérature contemporaine se plaît à estomper la frontière entre les genres. Rappelons par exemple que Stendhal, dans son avertissement au lecteur, qualifiait La Chartreuse de Parme de « nouvelle » (530 pages en livre de poche, un beau bébé tout de même) et que les éditions Gallimard ont sous-titré « roman » les Microfictions de Régis Jauffret (500 textes indépendants de 2 pages chacun). Ceci dit non pour chipoter le choix de terminologie des éditeurs ou des auteurs, mais pour souligner que la nouvelle a pour le moins l’essence et le gabarit flous… C’est au XIXe siècle que la nouvelle, dans sa forme moderne, va se voir assujettir à un format particulier – pour ne pas dire à un « formatage » – avec le développement de la presse quotidienne et notamment de la presse bon marché. Cette presse qui doit elle-même son essor au développement de la lecture dans tous les milieux et par conséquent à l’entrée de la chose écrite dans tous les foyers y compris les plus modestes. Avec l’essor des journaux, en effet, la nouvelle va trouver une tribune de choix et les auteurs une source non négligeable de revenus et de visibilité, car le XIXe siècle voit aussi l’émergence d’un nouveau statut de l’écrivain, qui entend vivre de sa plume. La conséquence immédiate en est que la nouvelle, pour être publiée, doit obéir à un cahier des charges imposé par son support de publication. La taille en est une des composantes. Certains auteurs du XIXe et du début du XXe l’ont même définie par rapport au temps nécessaire pour la lire. « Tout ce qui peut être lu en une demi-heure », selon Herbert Wells. Poe, lui, indiquait une heure. Pour Gide, « La nouvelle [est] faite pour être lue d’un coup et en une seule fois. » Dans les pulp magazines américains, on notait même la durée nécessaire à sa lecture à la seconde près ! A ce critère quantitatif qui a eu sa pertinence et sa justification historique, il convient, il me semble, d’ajouter des critères qualitatifs propres à esquisser une poétique de la nouvelle. William Faulkner, dans une lettre de 1953, en donne un intéressant : « Une nouvelle, c’est la cristallisation d’un instant arbitrairement choisi où un personnage est en conflit avec un autre personnage, avec son milieu ou avec lui-même. » Flannery O’Connor, elle, parle d’« unité dramatique indécomposable ». Avec la nouvelle, on serait donc dans le minéral ou dans la molécule. Dans la densité. Dans ce qui reste au cœur. Ce qui explique pourquoi, le plus souvent, le personnage n’est pas « situé ». Peu importent en effet le temps et le lieu, l’identité à la limite. Ce qui prime, ce qu’explore l’écriture, c’est la confrontation d’une conscience à un stimulus extérieur – événement, l’Autre – ou à soi-même, et les effets de cette confrontation… C’est ce que la situation particulière explorée révèle de l’universel humain.
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