[ Petite théorie du genre ]
Petite théorie de la nouvelle, Baudelaire et Edgar Allan Poe
Illustre nouvelliste, Edgar Allan Poe (1809-1849) est aussi l’un des premiers théoriciens du genre. Charles Baudelaire (1821-1867), en sa qualité de traducteur de Poe, s’est fait le passeur de ses textes et de ses préceptes, il a par ailleurs analysé les écrits et les théories de Poe dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe, en 1857.

Edgar Allan Poe développe sa théorie de la nouvelle dans une critique des récits de Hawthorne intitulés Twice-Told Tales. Ses préceptes s’articulent principalement autour de la « théorie de l'effet », selon laquelle tous les éléments d’une nouvelle doivent concourir à la réalisation d'un effet unique. Durant le court laps de temps que représente la lecture d’une nouvelle, le lecteur doit rester sous la coupe de l’auteur et chaque phrase, dès la première, doit être écrite dans cette optique. La construction du récit et le choix des mots sont donc, aux yeux d’Edgar Allan Poe, deux éléments importants dans la nouvelle. Charles Baudelaire explique qu’il « était avant tout sensible à la perfection du plan et à la correction de l’exécution ; démontant les œuvres littéraires comme des pièces mécaniques défectueuses (pour le but qu’elles voulaient atteindre)[…].Et d’ajouter : Il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessin prémédité. »
Poe considère également l’Imagination comme essentielle, elle est « la reine des facultés ». Par Imagination, il entend bien plus que la faculté de représenter des images ou des sentiments et intègre dans cette notion la perspicacité, la mémoire et la sensibilité.
Poe et Baudelaire s’accordent à considérer la vérité comme ennemie en matière de littérature et avec elle, le sens de la morale, l’enseignement, le perfectionnement. Pour Charles Baudelaire « l’idée de beauté […] est le but le plus grand et le plus noble du poème. » le poète considère la nouvelle supérieure à la poésie car contrairement à cette dernière elle peut s’approprier une large gamme de tons, de langages et de rythmes pour arriver à la beauté.