[ Note de lecture ]
Raymond Carver, Œuvres complètes 1
carverRaymond Carver, Œuvres complètes 1
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Éditions de l’Olivier, 2010
14x20,5 ; 336 p. ; 22 €


une note de Claude Chambard

Un nouveau Carver ? En quelque sorte. Voici un vrai problème d’édition. De morale oserais-je. Parues initialement sous le titre Parlez-moi d’amour (en anglais : What We Talk About When We Talk About Love) ces premières nouvelles de Carver étaient absolument dénaturées. L’éditeur Gordon Lish avait cru bon de tout couper à sa manière – nous reviendrons d’ailleurs le mois prochain sur cette (toute ?) puissance de l’éditeur. On peut le regretter. Pourtant la version « Lish » a donné un excellent livre sur lequel nous nous sommes précipités. Seulement, amputées de moitié les nouvelles d’une part ne disaient plus tout à fait la même chose et la langue n’était plus vrai/ment celle de Carver. Un mélange Lish-Carver qui, lorsque l’on a lu les nouvelles dans la version de l’auteur que nous donne aujourd’hui Olivier Cohen, est une pure trahison.
La lettre de Raymond Carver à Lish publiée en fin de volume est terrible où il essaye à toutes forces d’empêcher la parution de ces « bidouillages éditoriaux », après les lectures de ses amis Richard Ford, Tobias Wolff par exemple et de sa compagne, Tess Gallagher, écrivain elle-même, dont l’opiniâtreté sans faille a permis à William L. Stull et Maureen P. Caroll d’avoir accès et de faire un travail exemplaire sur les manuscrits originaux conservés à la bibliothèque d’État de l’Ohio. Alors l’éditeur tout puissant ? Non, certainement pas. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé Lish à bousculer ainsi la prose de Carver, mais elles ne relevaient sans doute pas de la qualité littéraire des textes, mais bien plutôt d’outrepasser son petit pouvoir pour faire un mince livre (et peu onéreux) d’un auteur inconnu. On peut néanmoins le remercier d’avoir fait connaître Raymond Carver mais on aurait aimé que ce soit dans la bonne version. En tous cas, aujourd’hui, elle est disponible et on peut comparer les deux versions. Chacun jugera en son âme et conscience.